Vendredi 24 juillet 2009

Les photographies de ce site ont été réalisées par plusieurs photographes qui ont cherché à créer
un univers poétique autour des textes écrits. Photographe professionnel Philippe Pubert, Benoit Pradeau,
Sandra Boyer, Nell Aucoin et Frédérick Madsen. Tous les textes et les photographies ont été déposés
auprès d''un huissier et sont protégés par un copyright bénéficiant de droits d'auteur stricts (AGESSA).



Céline Boyer est née le 31 mars 1977 à Bordeaux. Elle est professeur agrégé d’anglais et Maître de Conférences en littérature anglophone. Elle divise son temps entre enseignement et recherche littéraire, après avoir mené un doctorat sur le rôle des mythes et du sacré dans la poésie contemporaine - son travail de thèse s’intitule « Langue du sacré et langue du secret : le mythe et le rite dans la poésie de Kathleen Raine et Ruth Fainlight ».

Elle danse et son écriture s’imprègne de ses activités de danse. Elle est co-fondatrice et danseuse de la troupe une aile en ciel qui donne des représentations basées sur le poétique, l’émotionnel et la fraternité - la troupe s’engage avec ses spectacles pour des œuvres caritatives. Son art s’enrichit aussi de photographie car regarder le monde c’est l’inscrire dans des mots plus imagés : c'est capturer ce qui échappe. Etre représentée photographiquement, c'est tenter d’évoquer son univers poétique dans des mises en scène imaginaires - devenir en quelque sorte une « imagicienne »  qui cherche à faire fusionner univers verbal et visuel dans une cohérence poétique. Ses textes trouvent une similitude visuelle, un écho photographique, c'est ainsi que paysages intérieurs et paysages extérieurs s'intensifient réciproquement.

Céline Boyer écrit de la poésie depuis toujours - elle participe aux Printemps des Poètes, a reçu un prix de poésie 2004, prix ARDUA (Association régionale des diplômés d’Universités d’Aquitaine) remis par le mime Marceau à la Mairie de Bordeaux. Son pseudonyme poétique est l’anagramme de son prénom Céline, c’est sous le nom d’Enciel qu’elle crée. Elle lit régulièrement des poèmes lors de conférences sur l’imaginaire féminin et a, par ailleurs, publié des poèmes dans diverses revues.                                        

                                                                      

                  Elle est l’auteur de plusieurs recueils :

AILE QUI LUIT
paradis des yeux, parodie des cieux.


L'ETRE-ANGE
entre astre et désastre, entre vœu et désaveu.


ETHERNELLE
la lune aux hirondelles, la plume des myzomèles.


MEME LES MOUETTES DANSENT
danser, panser.


L'ABRI DES COLIBRIS
tendre la main, la main tendre.


AU GRE DES REGRETS,
âme en chair, amants chers.


LA DANSEUSE AUX COQUELICOTS
poèmes chorégraphiques.


LE MAL-SEIN
quand le mal a dit, quand j’ai du mal à dire.


LA LUNE ET LE MIMOSA
sous les motifs les toiles, sous l'émotif l'étoile.


DES MYRIADES D'OMBRELLES
des regards rayonnants, des regards ruisselants.


TOUS LES ENFANTS DU LIERRE
le pollen de leur ciel, les ombelles de leurs cils.


SOUS DES PLUIES DE LUCIOLES,
des gouttes de lumière, des vapeurs de feu.


LE LEGER VERTIGE DES BULLES
jouer la fille de l’air, l’air d’une fille qui joue.


TANT DE LABYRINTHES INTERIEURS
la laine d’Ariane, l’haleine du Minotaure.


LES LARMES DES BALEINES
des silences liquides, des lenteurs profondes.


DU VIOLONCELLE DANS LES VEINES
s'étourdir, s’évaporer.


NAISSANCIELLE
le ventre lunaire, le cordon stellaire.


L'ELAN DES FUNAMBULES
la musique des muses, du lumineux au numineux.


LA VOLEUSE DE VISAGES
chanter, enchanter.

 

 



Céline Boyer est née le 31 mars 1977 à Bordeaux, fille de Dominique, Maurice, Paul Boyer, né le 7 février 1952 à Verdon-sur-mer et de Sylvie Raboutet née le 3 octobre 1953 à Caudéran. Ses grands-parents maternels Marc Raboutet né le 9 mai 1909 à St Seurin-de-Cursac et Paulette Mériaud née le 26 juillet 1913 à St Estèphe, aînée de sept enfants, sont associés à la maison rouge et blanche Les Alizés au Verdon, proche de l’océan et de la Pointe de Grave. Ses grands parents paternels Jacques, Henri, Edouard Boyer né le 9 mai 1925 et Francine Hélène Giraud née le 14 mai 1926 à Arcachon vivent à Pauillac, terre du Médoc. Ses parents sont enseignants, son père est professeur de mathématiques et d’éducation physique et sa mère est institutrice.

Céline Boyer a grandi à Saint-Sauveur et a passé toutes les vacances de son enfance et de son adolescence dans les montagnes - son père a été directeur d’un centre de vacances, Les Amis de Saint-Martin, pendant plus de vingt ans à Gripp dans les Pyrénées. L’imaginaire de la montagne et la vie en communauté ont formé son goût pour les contes et les légendes.

Elle va à l’école à Pauillac, de la maternelle au collège, bonne élève et appréciée pour sa gentillesse et son sourire dans toute sa scolarité. Elle a déjà un talent pour la littérature et l’art engagé. A 12 ans, elle remporte un prix de l’enfance pour son tableau et son poème contre le racisme. Elle rédige des histoires et déborde d’imagination en matière de photographie et de danse.


Sa jeune sœur Sandra Célia née le 7 mai 1980 à Lesparre sera sa complice privilégiée pour tous les travaux sur l’imaginaire. Elles inventent des pièces de théâtre, des légendes et créent des courts métrages et clips vidéo pendant toute leur adolescence. Sa poésie actuelle retrace cette complicité avec sa sœur, double de sang, double de sensibilité et d’émotivité. Sa sœur  qui voyage beaucoup – elle vit d'abord au Brésil, puis en Guyane, aux Etats-Unis et finalement au Mexique – apporte aussi la notion d’exotisme, la part forte du voyage, de l’exil et du dépaysement. Sa soeur ci-après parle de la poésie d'Enciel comme un rite de voyage et d'enfance.


 

Une relation affectueuse avec une sœur n’est pas simplement fondée sur l’amitié ou les confidences, c’est avoir une âme sœur à vie

 

Chacune de nous deux est unique, comme l’est chaque personne,
mais nous sommes taillées dans la même étoffe.
Certes nos boutons, galons, volants et dentelles sont différents
mais nous sommes faites de la même fibre.
Nous sommes sœurs à jamais
  Claire Ortega


 


Enciel


Ta poésie est l’aboutissement de tant d'années de création, une part de divinité donnée à lire pour que chacun se retrouve et découvre ce qui te fait vibrer et parfois si peur… Il n’existe pas un jour sans que mon désir de te rendre hommage se voie masqué par une réelle pudeur mais tu sais combien j’admire l’être fabuleux qui m’a été offert pour sœur. Tu es l’unique personne qui me confère une enfance éternelle, le miroir lumineux qui me renvoie un univers infini d’espoir. Je t’en remercie sincèrement à travers ces mots…Tu es complice de mes délits, délires et secrets, celle qui, même les yeux fermés, sait quand je souris ou angoisse de n’être pas à la hauteur…
Je me souviens encore ce matin de notre ascension de glaciers aux neiges éternelles dans les Pyrénées, tous ces réveillons pour lesquels nous passions tant de temps à répéter les chorégraphies, les chutes d’Iguaçu baignant dans un royaume d’arc-en-ciel et de toucans multicolores, ma fierté sur la ligne d’arrivée à New York pour ton arrivée du Marathon, les labyrinthes de livres que tu dressais sur la pelouse du jardin pour que je joue et appréhende mon propre chemin, les tâches des tampons d’encre sur ma moquette bleue, ton soutien lorsque mon âme était blessée ou mon cœur perdu, la Guerre du feu et nos fous rires dans les bois en face de la maison, les glaces au kilo de Penàpolis, ces nombreux amis qui ont défilé dans notre parcours, ta dent cassée lors d’un plongeon trop confiant au petit bain de notre piscine, Gripp qui éveille de vrais souvenirs de sérénité et de baisers cachés, la chaleur de l’Andalousie et son balcon à la pointe de l’Europe, les reportages filmés dans notre petit village, nos festivals de films inventés de toutes pièces, les papillons tatoués sur nos joues, notre chien Oscar et ses trois pattes hurlant lors de nos cours de flûte, la laque dans ton œil et le vernis dans nos cheveux, ta capacité à trouver les mots justes en toute circonstance, les potions magiques concoctées dans le bac à sable où vivait un crapaud qu’à l’époque j’aurais peut-être dû embrasser, nos tableaux peints sans technique mais guidés par l’intuition, les coussins aux paysages de campagne, les lettres anonymes, les clips chantant notre attachement à la nature et sa beauté, le personnage d’Allan que tu as inventé et conté sur de vieilles cassettes poussiéreuses, la descente des canyons en Espagne, des anecdotes si personnelles provoquant de profonds rires et hontes, la vidéo où nous vivions sur Neptune avec tous les cousins, les biscottes et le lait pris dans la cuisine avec mamie les nuits à bavarder, ton écoute permanente au service des autres malgré l’ingratitude, mes départs loin de vous, le jeu de cartes où tu étais l’as au gala de gymnastique de Pauillac quand on avait 6 et 9 ans, nos risques imaginaires de prises en otage, les essais en roller sur les pistes cyclables de la plage, la longue promenade à cheval sur une plage du Pacifique, l’école de l’imagination dont on a gardé chaque cahier, les dédicaces à la radio, les histoires aux personnages qui m'ont marquée dont tu me lisais des extraits et que tu avais souvent écrites d’ailleurs quand on dormait ensemble, les bons moments de neige dans le jardin, l’atroce coiffure que tu m’avais un jour faite, la danse en rouge et noir costumées, les milliers de photos prises des jours et des nuits sans répit ni repos, ta candeur émouvante, la traversée du Nil et l’ombre des felouques au crépuscule, ta soutenance de thèse qui a bouleversé ton jury et ton public, les tournois de tennis qui ne duraient qu’un instant, les messages ponctués de larmes glissés sous nos portes après de futiles disputes, nos robes en laine et aux grands cols, les discussions sur la confiance et la vie que tu embellis, les Everglades et ces voyages privilégiés avec notre famille unie, les révisions en larmes la veille des examens, la rage et la passion que tu mets dans la danse et, grâce à cela, nos superbes spectacles, ton solo en bleu qui a provoqué en mon âme une explosion d’émois et de force, les mots de tes poèmes qui me rendent si chanceuse et épanouie, le vieux train du Verdon et les légendes que nous écrivions, les films réalisés depuis notre plus jeune âge dont les morales pourraient enseigner au monde de pures valeurs, le tourne-disques et nos heures passées à apprendre chaque morceau des parents, la douleur mêlée d’impuissance face à ta maladie contre laquelle tu t’es battue héroïquement, mes venues dans ta chambre en pleine nuit quand tu étais malade après tes injections, le bruit des bris de vitraux à Playa del Carmen cette nuit d’ouragan où l’inondation menaçait notre chambre alors que tu te blottissais dans mon lit, ta persévérance pour des concours si difficiles et parfois injustes, nos années entières à immortaliser ces brins de vrai Bonheur… Des histoires humanistes dont nous aurions aimé sauver tous les héros aux farces d’une jeunesse dont les fenêtres resteront à jamais ouvertes, notre vie est faite des couleurs que nous inventons, nos aventures sont uniques et si intenses ensemble, peu importe si cette complicité énerve ou étonne, ce trésor en nos veines appartient au sacré. Je te remercie d’être aussi présente dans ce que je suis car te suivre rend mon univers confiant. J’ai perdu mes doutes en laissant doucement s’ouvrir mes ailes, c’est par tes yeux que je perçois la lumière et tente de la transmettre à mon tour. Tu resteras à jamais cet enfant que je connais dans les moindres détails mais à mes yeux, sache que tu es devenue une Grande* personne que j’admire et désire toujours protéger.        Sandra Boyer

 

 

* qui relève du ciel, j'en suis sûre. Cachée derrière un arbre pendant toutes ces années, j’ai surpris plus d’une fois tes ballets avec les mésanges et les anges…



 


Puis elle part étudier à Bordeaux au lycée international Magendie où elle suit  des cours de civilisation et de littérature anglophones en plus du cursus traditionnel. Elle obtient son baccalauréat international. Ce sont des années d’apprentissage et de formation personnelle, suivies d’une rencontre forte en hypokhâgne avec la danse par le biais d'un professeur, Dany Bonnau. Elle rencontre son amie Marianne Lhopiteau avec qui elle partage le goût de la danse et de la littérature. Elles montent un projet avec un étudiant aux Beaux-Arts entre danse, poésie et photographie. Elles remportent le premier prix et la bourse obtenue, elles aident à financer leur tout premier spectacle. Sur les deux années d’Hypokhâgne et de Khâgne, la petite troupe crée deux ballets basés en partie sur deux poèmes de Céline Boyer, la première La terre est bleue comme un clou (référence à son poète phare Paul Eluard et son vers la terre est bleue comme une orange) qui traite de la froideur du monde : elles dansent vêtues de noir, les cheveux bleus dans un cube bleu et travaillent sur le thème de la rencontre et de la solitude.

L’année suivante son poème Art-Mature sert de base chorégraphique au ballet – travail sur l’armature, le cadre, l’ossature dans lequel les danseurs représentent les coups de pinceau sur la toile, d’abord désorganisés et épurés puis ils forment une cohérence, un tableau, une histoire. La danse mènera Céline Boyer à l’écriture de poèmes chorégraphiques collectés dans son recueil intitulé La danseuse aux coquelicots et à la réflexion sur l’extase par la danse et la musique dans son recueil Du violoncelle dans les veines.

Par la suite, elle effectue toutes ses années à l'Université Michel de Montaigne à Bordeaux, sauf les deux premières années qu’elle a effectuées en Hypokhâgne et en Khâgne au lycée Camille Jullian en tant qu'angliciste.

Elle obtient sa licence avec la mention très bien en littérature, ce qui la décide définitivement à se tourner vers l'écriture et la recherche littéraire: c'est ainsi que l'année suivante elle rédige sa maîtrise en poésie anglaise sous la direction de Marie-Lise Paoli "Worldly tomb and wordy womb - apocalyptic void and apostolic voice in T.S Eliot’s poem The Waste Land" et obtient à nouveau la mention très bien pour son mémoire ainsi que pour l'option de littérature: sa vocation pour la littérature se précise toujours plus.

 

« Ayant beaucoup travaillé sur la poésie de T.S Eliot lors de mes années en lycée international, puis lors de l'année de maîtrise, je me destine à approfondir ma connaissance de la poésie moderniste, ainsi que post-moderniste, notamment à travers le poète Ted Hughes qui a écrit tout un hommage à T.S Eliot intitulé A Dancer to God. Lors de la rédaction de mon mémoire de maîtrise, j'ai véritablement découvert cet attrait et cette passion pour la recherche, j’ai l’espoir d’embrasser la vocation d'enseignante dans le supérieur afin de faire partager cette connaissance en perpétuelle maturation de la poésie anglophone. »

Elle traite dans sa recherche de l’idée d'apocalypse et de son étymologie la révélation et développe en particulier la quête du Graal et la notion de pèlerinage purgatoire. Avec des ouvrages fondamentaux sur la question de la chevalerie et de la quête ainsi que des ouvrages comme ceux de Bachelard, Charles Mauron, Mircea Eliade ou Gilbert Durand, elle explore le rôle de la symbolique et le rôle fondamental du mythe. Le cheminement de sa recherche est de mettre en exergue le rôle du poète, « celui qui érige un rempart contre la ruine » pour reprendre les mots de John Dos Passos.

Son but est de définir ce qu’elle qualifie de « palingénésie artistique », de montrer comment le vide apocalyptique et le chaos contingent se transforment par la voix poétique, voix tirésiaque, voix apostolique, en résurrection, en reconstruction, en mosaïque qui forment un tout à nouveau. Il est alors fascinant de découvrir que la forme de la poésie de T.S Eliot et de Ted Hughes est un miroir de ce thème abordé - fragmentation et palingénésie, déconstruction et reconstruction.

Céline Boyer travaille sur la notion de descente aux enfers (Descensus ad inferos) en approfondissant la métaphore des limbes (désintégration du corps, inertie à travers le temps répétitif, claustrophobie dans des espaces confinés, la dégénération du langage et la figure de la Sibylle de Cumes comme épitomé de l’entropie). Ainsi le caveau du monde se transforme en matrice des mots - tel est le rôle du poète car, par ses vers, il va tenter de redonner vie et rétablir l'ordre perdu. C'est ce qu'elle essaie d'explorer dans ses recueils Des myriades d'ombrelles, Tous les enfants du lierre, Au gré des regrets, Tant de labyrinthes intérieurs ou encore Naissancielle.


« Mon projet de thèse serait donc de voir comment la poésie d'après-guerre face à la fragmentation du monde tente par sa force poétique et mythique de reconduire à l'unité. Le monde est certes fragmenté, déchiré, démembré voire crucifié et à travers une sorte d'extase - à travers le chant et la danse ( hyporcheme et kommoï) - le poète chaman va soigner le corps mutilé et l’âme morcelée. À travers les différents mythes du cataclysme, j'étudierai la figure du Phénix, celle de Jésus, celle d'Adonis, et celle de Dionysos dans une perspective nietzschéenne et je tenterai de montrer comment l'écriture qui s'assimile aux lamentations et aux danses rituelles va progressivement ressusciter ce qui a été démantelé par le carnage. Ainsi les cycles de la poésie s'assimilent aux cycles de la végétation, elle oscille entre fragmentation et recherche de l'unité, entre temps historique et temps sacré pour reprendre la terminologie de Mircea Eliade qui sera un auteur pilier dans mon étude doctorale. Ma thèse portera essentiellement sur des poètes modernistes et postmodernistes, je tenterai d'élucider comment l'écriture palimpseste, empilant tous les différents fragments, mène à une unité des œuvres étudiées – unité poétique qui forge sa cosmogonie. »

Elle s’appuie notamment sur les thèses de D.H Lawrence sur l'apocalypse et sur la résurrection qui ne sont pas seulement des notions chrétiennes. Elle ouvre son étude à différents mythes et surtout aux mythes égyptiens. Elle parcourt des ouvrages sur le rôle du rythme, de la danse, de la mise en mouvement, qui peuvent s'assimiler à la recherche poétique. Elle étudie les similitudes entre poésie et danse - utilisation de l’espace, utilisation du rythme et de la respiration, corps et symbolique, sauts et retombées... Elle suit lors de l'année de maîtrise la quasi-totalité des spectacles de danse contemporaine sur la région bordelaise – festival Tendances - et fait un compte-rendu ainsi qu’une analyse de ces spectacles au sein de la Radio de l'université avec son amie Marianne Lhopiteau - ce parcours lui donne ainsi l'opportunité d’interviewer des chorégraphes et danseurs de nombreux horizons artistiques avec qui elle a gardé des contacts. Elle peut ainsi, avec leur aide, approfondir les structures mythiques et les fonctions cathartiques de la danse encore aujourd'hui.

 

Puis elle travaille pour les concours - le Capes obtenu en candidate libre et l'agrégation ayant suivi la formation universitaire. Pour son DEA, elle étudie la poésie féminine sous la direction de Marie-Paule Vigne, elle suit alors les séminaires de littérature, écoute de nombreuses interventions dans divers colloques, donne des communications sur la poésie. Elle obtient les bourses d'agrégation en 2001 et l’année suivante les bourses de DEA, ce qui lui permet de poursuivre de passionnantes recherches.

Elle reçoit l’année suivante une allocation de recherche ministérielle accompagnée d’un monitorat afin de lui permettre de commencer sa thèse dans les meilleures conditions possibles : elle débute l'enseignement en 2002 et donne des cours à l'université de traduction et d'analyse de la nouvelle, notamment James Joyce. Elle est rapidement très attirée et motivée par l'enseignement – il lui paraît essentiel d’apprendre à apprendre, de transmettre et de partager, de donner confiance et envie de connaître - ce sont les divers buts de l’enseignant, buts qu’elle aspire à atteindre.

Elle enseigne à l’université Michel de Montaigne, en tant que monitrice allocataire agrégée puis en tant qu’ATER (attaché temporaire d'enseignement et de recherche) et mène un doctorat sur la poésie contemporaine. Sa thèse s’intitule « Langue du sacré et langue du secret : le mythe et le rite dans la poésie de Kathleen Raine et Ruth Fainlight ». Après quatre années de travail, elle la soutient le 11 décembre 2006 et obtient la plus haute mention – félicitations du jury à l’unanimité.

Son travail de recherche en littérature anglophone se porte ainsi sur deux poétesses contemporaines, Kathleen Raine (poétesse anglaise) et Ruth Fainlight (poétesse américaine). Il s’accompagne de rencontres, de correspondances et de conversations avec les deux écrivaines qui résidaient à Londres. Kathleen Raine décède le jour de son oral d'agrégation, le 7 juillet 2003, oral qui porte précisément sur la poésie, celle d'Elizabeth Bishop, elle finit son intervention par un sincère hommage à cette grande poétesse qu'était Raine en citant quelques vers : les membres du jury sont étonnés mais satisfaits et concluent « il y a encore de vrais amoureux de la poésie ».

 

Dans son étude doctorale, il s’agit pour Céline Boyer de saisir comment la création poétique recycle encore les mythes et mythologies puis comment elle permet l’émergence d’un imaginaire hybride car basé sur des mythes secrets (personnels) et des mythes sacrés (collectifs et immémoriaux).

Son étude souligne donc le combat féminin de ces deux poésies icariennes qui partagent des symboliques et des sensibilités, contre le temps et la mort. Face à la stagnation, les motifs et l’émotif de leurs poésies se ressemblent. Elle étudie comment la poésie s’efforce d’ériger son pouvoir de cosmogonie pour reconstruire du sens, largement endommagé après les guerres et le génocide juif pour Fainlight. Ainsi toute son étude porte sur le monomythe et ses trois phases : séparation - initiation - retour.

« À travers la séparation, je soulignerai l'importance de l'apocalypse, à travers l'initiation l'importance du chant, du rythme et de la danse comme rites et enfin à travers le retour, les notions de résurrection et de palingénésie. » Elle étudie dans le premier chapitre de sa thèse sur "la séparation" le motif de la déchirure avec les Ménades et les bacchantes, creusant l'idée de sparagmos, sacrifice violent, la figure de Psyché, les mythes agraires et de la végétation, l'esthétique osirienne ou lazaréenne, la Gorgone, figure monstrueuse, la douleur de la Shoah et la poésie comme espace de la résistance. Elle explore la perte de l'enfance et des origines, l'unicité platonicienne et plotinienne, la catabase ou descente aux enfers, les figures de Perséphone et Koré, d'Eurydice et d'Orphée, l'égarement labyrinthique, la quête de l'omphalos, nombril du monde, la Magna Mater, le poète comme sourcier de l'Eden (expression de Giraudoux), les sibylles devineresses et leur vieillissement entropique ou encore la noyade avec la figure d'Ophélie.

Dans son second chapitre sur "l'initiation", elle explore la danse comme exaltation et exultation, comme mode vibratoire propre aux derviches, la danse cathartique et chamanique, la choré-graphie ou l’écriture de la joie par la danse (danse : choreïa, la joie : chora), le chant comme pulsation, chanter et réenchanter le monde par le chantre, les hiérophantes, guides vers ce qui reste secret ainsi que le bestiaire des intercesseurs.

 

Enfin dans son dernier chapitre sur le "retour", elle traite des rites de couture et d'assemblage à travers la figure du rhapsode, l’araignée y devient la dévideuse de toiles, la faiseuse de fuseaux, la tisseuse de soie/soi, elle creuse les approches de la mythocritique : la mythodologie durandienne, Brunel, Maffesoli, l’apport de Jung, Bachelard et Cassirer, la figure centrale d'Isis qui rejoint son étude sur l'imaginaire des oiseaux et sur l'illumination - au-delà du dédale, la part icarienne du poète éclairé, les phénix accoucheurs de lumière, une poésie héliotrope qui se tourne vers le soleil pour être illuminée; elle explore le symbolisme de la gestation : Œuf cosmique et « poche des eaux », sécrétion de la perle et enceinte du texte, réceptacle des images en formation, la lune comme épitomé de la Déesse Blanche, les notions de connaissance et co-naissance – elle y analyse les images et le principe de parturition : mettre au monde le monde et accoucher de soi et de l’universel, renouveler sans cesse l'imagination par le faire poétique. L'acte poétique devient alors acte de résurrection.

Elle me confie « J'ai une véritable passion pour la poésie à la fois anglophone et française – l’intertexte étant primordial - et, à travers des références bibliques, mythologiques et philosophiques je m'efforcerai d’approfondir les théories anthropologiques et phénoménologiques afin de mener une étude à la fois traditionnelle mais également transdisciplinaire pour redonner à la poésie sa force littéraire et sa puissance artistique. Je m’inscris dans l’idée de Maurice Blanchot qui écrit dans L’Espace Littéraire, II. « Le poème semble lié à une parole qui ne peut s’interrompre, car elle ne parle pas, elle est. »

Elle cite ensuite ces vers de Robert Desnos « Une voix, une voix qui vient de si loin […]/ Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau / Elle ne parle que d’été et de printemps / Elle emplit le corps de joie, elle allume aux lèvres le sourire. Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine/ Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, / L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages./ Et vous ? Ne l’entendez vous pas ?/ Elle dit « la peine sera de peu de durée » / Elle dit « La belle saison est proche » / Ne l’entendez vous pas ? » (poème « La voix » ). Cet espoir façonné par la poésie et par son élan est présent dans ses recueils L'abri des colibris,  Le léger vertige des bulles, La voleuse de visages ou encore L’élan des funambules : tout semble renaître dans de nombreux poèmes.

 

Céline Boyer écrit de la poésie depuis toujours et l’année 2004 précipite son écriture vers de nouveaux horizons -  elle participe au Printemps des Poètes, gagne la mise en peinture d’un de ses poèmes, et surtout reçoit un prix de poésie 2004, prix ARDUA (Association régionale des diplômés d’Universités d’Aquitaine) à la mairie de Bordeaux remis par le mime Marceau qui dédicace son recueil. (Voir photographies ci-contre). Elle retient cette rencontre avec ce poète qui a donné toute sa poésie par le silence de son corps dansant. Lui qui avait dit « Avant de dire quelque chose, il faut s'assurer que le silence ne soit pas plus important. » Ecrire, c'est donner toute une poésie par des mots accompagnés de tout le silence qui les entoure - pour Céline Boyer le mime est comme le danseur qui livre par sa gestuelle silencieuse toute sa présence, on retrouve cette force du mime dans son poème La lune et le mimosa dans lequel elle écrit «  Sous le mimosa, le mime osa m'embrasser sur le front / Son visage blanc me rappelait celui de la lune/ Et son sourire était aussi blafard que l’astre de la nuit. […] Le mime osa m'embrasser sur les lèvres/ Leur offrant ainsi la puissance du silence/ La plainte des parulines tristes et le vol du papillon. […]  Et pour la première fois il prononça des mots/  « J'aime la voltigeuse des mots, elle a la rondeur de la lune / La générosité des branches lourdes du mimosa / Elle m'a donné l'envie de parler au monde ».

 

 

               Sa poésie explore le mythe d’Icare ainsi que la symbolique de l’être ailé, aérien, ange. Son premier recueil qui a reçu ce prix ARDUA 2004 s’intitule Aile qui luit - c'est un travail sur la lumière et l’envol mais aussi sur l’androgynie et l’ambiguïté du regard amoureux elle/lui; il débute une trilogie composée de deux autres recueils sur le même thème : Ethernelle et L'être-ange.

Elle lit régulièrement des poèmes lors de conférences nationales et internationales sur l’imaginaire féminin, elle se rattache à l'ERCIF (Equipe de Recherche sur la Créativité et l'Imaginire Féminins) sous la direction du LAPRIL (Laboratoire Pluridisciplinaire de Recherches sur l'Imaginaire appliquées à la Littérature), fondé en 1973 à Bordeaux, et elle donne diverses communications et de nombreux articles comme :

« L’écriture d’Anita Brookner, du stade fœtal au stade fatal : la femme a-femmée dans l’œuvre Hotel du Lac »

« Mircea Eliade : Etude sur le mythe, le sacré et le symbolique »

« La poésie féminine, la voix du mystère »

« Icare, Isis et autres figures ailées : de la pesanteur à l’apesanteur, de la terre à l’éther »

« Kathleen Raine : poetry and myth as constructions of the secret and of the sacred » communication présentée à Leeds.

« De la mise à nu à la mise en mots : l’illusion et l’allusion dans la poésie de Patricia Keeney »

« La poétique de l’extase : le rôle de l’épiphanie chez Kathleen Raine »

« Le cycle de la végétation dans la poésie de Ruth Fainlight - du démembrement à la résurrection, de la mort à la maternité »

« Le temps suspendu dans la poésie de K. Raine: chant sacré du monde »

« L'infini dans la poésie de Hughes »

 

« Des carcans de la mort à la promesse de la lumière : quête de la parole libératrice dans la poésie de Ruth Fainlight » dans la revue Temporel - pour lire cet article et quelques poèmes d'Enciel, cliquez ici.

 « L’autre comme mystère : l’altérité entêtante dans la poésie de Ruth Fainlight »

« La poésie de William Butler Yeats : le mythe comme catalyseur de l’énigmatique et comme révélateur des secrets. »

« T.S Eliot et la figure du roi Pécheur : la traversée de la terre gaste vers la révélation »

« La figure féminine à travers le mythe poétisé chez Ruth Fainlight – la sibylle et Philomèle : tisser du soi féminin, entre voix caverneuse et langue tranchée.».

Toutes ces études se poursuivent, d'autres articles et d'autres conférences sont à venir puisqu'après avoir reçu le titre de Docteur, elle est qualifiée Maître de Conférences en 2007.

 

Mais l’année 2006 marque une terrible annonce – celle de son cancer du sein alors qu’elle n’a que 29 ans. Une épreuve à surmonter, une combativité à mener. Elle soutient sa thèse le 11 décembre 2006 et fait sa première chimiothérapie le 12 décembre, le lendemain. Cette épreuve du cancer va la mener dans les méandres de l’hôpital, la peur de la mort et de la maladie, la chimiothérapie, la perte totale des cheveux et des poils, la radiothérapie et un traitement d’immunothérapie jusqu’en 2008.
Elle dansera plusieurs heures par semaine, même en chimiothérapie, afin de lutter contre les effets secondaires. De cette terrible épreuve faite d’angoisse et de courage, elle écrira le recueil « Le mal-sein, quand le mal a dit, quand j'ai du mal à dire ». Sa sœur et son amie danseuse Nell Aucoin la photographieront sans ses cheveux, comme un nouveau-né.

La troupe à laquelle elle appartient en tant que co-fondatrice et danseuse, une aile en ciel, l’accompagne sur cette lourde route avec une aide sincère, notamment celle de son professeur Josie Bertrand et elles créent le spectacle « Alunissons, à l’unisson », trois spectacles donnés au profit de la Ligue contre le cancer. Céline Boyer et son amie Nell Aucoin remportent le prix spécial de la ville de Bayonne le 31 mars 2007, coup de cœur du jury, le jour de ses 30 ans, avec leur duo « A cœur ouvert » dans lequel les deux danseuses se présentent sur scène en robe rouge, Céline le crâne rasé. Un des membres du jury leur dit « ce que nous avons vu sur scène aujourd’hui nous ne l’oublierons jamais », Céline et tous les danseurs d’une aile en ciel comprennent que la danse pourra encore donner des messages et rassembler les gens autour d’œuvres caritatives et de nobles causes. 


Mon ressenti personnel sur la poésie d'Enciel
 

C’était un samedi, un jour à arc en ciel où la pensée déambule entre les gouttes de pluies et les rayons de soleil. C’était la fin du matin, le début de l’après midi, c’étaient des heures au téléphone, c’était une proposition que je ne pouvais pas, que je ne voulais pas, refuser. Présenter Céline ? Non, présenter la poésie de Céline. Donc présenter Enciel ? La complexité de l’exercice s’imposant à tout un chacun, ce dernier devenait périlleux quand le dualisme caractérise intrinsèquement la démarche de Céline. En effet, laquelle des deux se découvre à travers la plume? Quelle est la part de l’une, la part de l’autre ?

 

Néophyte dans l’art poétique, un second obstacle se dressait devant moi. Comment parler avec justesse d’un domaine qui m’échappe, que ma maigre culture poétique ne me laisse qu’entrevoir ? L’honneur que me faisait Céline était certain, il serait mon moteur. Mais pourquoi moi ? En fait, à bien y réfléchir il s’est imposé qu’en s’adressant à moi, Céline faisait sûrement appel, en priorité, à ma naïveté, ma maladresse, elle cherchait du naturel, un ressenti ; sa poésie faisant appel aux sens, elle recherchait leurs témoignages et nullement une approche cérébrale ou intellectuelle. Tant mieux, je m’en sens d’autant plus fière, que ceci reste dans le cadre restreint de mes capacités. L’exercice, simple et complexe, se définit par la liberté même qu’elle me donne dans sa réalisation, il me suffit donc de parler de sa poésie, de Céline, d’Enciel, de leurs univers si différents et si magiques chacun à leur façon, après avoir présenté au préalable son parcours universitaire et poétique jusqu’à maintenant.

 

Habituée des conférences et des cercles de lecture poétique, Céline est une artiste authentique et polymorphe, s’étant construit un univers poétique propre que le photographe d’art Philippe Pubert a su retranscrire admirablement. Céline danseuse, poétesse, comédienne, tout simplement habitée par Enciel, vous propose de partager son toit, son monde, son univers, qui se matérialisent dans la similitude visuelle entre le verbe et l’illustration picturale. Céline prend alors toute sa profondeur en donnant ainsi un écho symbolique à sa poésie par les images : Céline, anonyme et invisible derrière sa plume, s’expose alors à travers l’incarnation et la mise en scène de son imaginaire, sur les photographies elle devient Enciel à part entière. L’objet de fusion entre le verbe et le visuel donne une cohérence poétique troublante et très intéressante.

 

 Arrêtons-nous là, des observations conventionnelles et penchons-nous sur la poésie de Céline, celle d’Enciel, celle que j’aime à découvrir.

L’approche est cette fois purement subjective et affective. Oui, j’aime sa poésie parce que j’aime là où elle m’emmène, un endroit entre parenthèses où j’aurais voulu séjourner, entre enfance, couleurs acidulées et sensualité, aux saveurs épicées ; ni enfant, ni adulte, en apesanteur, exaltée par l’idée de grandir et de se fondre dans l’autre, tout en refusant d’y sacrifier son imaginaire.

 

La poésie d’Enciel, riche en sonorités, en couleurs, où allitérations et redondances enivrent le lecteur, vous transporte dans un état de latence où incrédulité et stupeur se mêlent. Devant le rythme imposé par l’enchevêtrement des sonorités et des mots, le lecteur est rapidement dépassé, décontenancé, submergé par l’univers qu’on tend à lui imposer. Mais où veut-elle nous amener ? Nulle part en fait, très vite vous redevenez votre propre conducteur, car c’est à ce moment là qu’elle vous donne les clés de ce monde qu’elle a peint de son rouge, de son jaune, mais où l’espace est assez grand pour vous y installer. Libre à vous ensuite de plonger, de vous laisser conter un univers pas si étranger que cela. Enciel construit son monde autour de vous, mais vous laisse la latitude suffisante pour vous permettre de vous l’approprier.

           Acidulé ou épicé, dansant ou chantant, le texte se prête à l’oralité, troubadour moderne, c’est sous le flot des sonorités que les ailes se déploient. L’artificier en place lance alors le spectacle et les fusées multicolores explosent dans le ciel dessiné au détour des mots. Et là c’est imaginenciel, on voit, on sent, on goûte, on entend. Enciel se prête aux néologismes, elle impose le renouveau, pousse à l’innovation. C’est là que résident toute l’ambiguïté et la difficulté du projet qu’elle partage avec le photographe professionnel Philippe Pubert mais aussi avec des photographes complices qui la connaissent sur le bout des yeux, Frédérick Madsen, Sandra Boyer, Nell Aucoin, ou encore Benoit Pradeau. Il est évident que voir Enciel photographiée au milieu de ses poèmes ne tend en rien au narcissisme, c'est la volonté de « faire partie du paysage, mais du paysage intérieur ».

Comment traduire l’univers poétique complexe dessiné sous la plume de notre  « imagicienne », sans pour autant faire perdre une part d’identité au texte, sans imposer un paradigme au lecteur, tuant ainsi la dynamique introduite par le texte lui-même? Comment traduire Enciel sans imposer Céline ? Comment introduire l’auditeur-lecteur dans cet univers représenté sans en faire un simple spectateur ? Le dualisme de la personne même de l’auteur se confondant entre Enciel et Céline, s’inscrit dans l’orientation donnée à l’ensemble de son travail, tournant autour de la symbolique de l’être ailé, de l’androgynie, de l’ange mais aussi de la belle humanité avec ses failles et ses épiphanies. Enciel, aérienne et mystérieuse incarne cette vision, néanmoins, et c’est là que la poésie de Céline prend le relais, le texte renferme une féminité débordante, généreuse. Si l’idée de départ s’articule autour de la figure de l’oiseau et de l’ange, l’extrême sensualité et la rondeur des mots imposent Céline à Enciel, l’humaine gamine cherchant à être femme - Céline - s’impose parfois à la femme-oiseau refusant justement de grandir - Enciel. 

              Chacun sera libre d’y trouver ce qu’il veut, Céline, partie à la quête d’un univers présent dans chacun de nous, ne remuera pas terre et ciel pour nous l’imposer. Poésie, affection, émotivité, sensibilité sont des paramètres beaucoup trop aléatoires et personnels pour baser une argumentation, s’adressant prioritairement à ce que vous décidez de mettre à nu, la réception du texte en sera forcement différente selon les personnes, les états d’âmes passagers…Que dire pour conclure ? Que sa poésie me touche, que son univers me plaît ? Vous l’aurez compris, Céline ouvre une parenthèse, ne la referme pas, c’est une part d’Enciel et ça, ça ne s’explique pas.

Je conclue ici avec quelques vers que j’aime tant de son poème Dans le secret

« Dans le secret d'une paupière close,/ L'imaginaire me guide dans ce monde/ De l'aveuglement./ Fermer les prunelles pour sentir un à un,/ Ces paysages de l'âme qui sont là en secret/ Au creux de nos hymnes et de nos hommes./ Ce soir j'ai blotti mes années de jeunesse/ Contre celles d'une mésange./ Elle m'a murmuré les secrets/ Du monde souterrain et du monde lumineux./ Mes préférés sont ceux du monde de l'éther/ Je te les avouerai à mon tour/ Quand nous partirons ensemble/ Chaque soir, chaque soir. »

                                                                                                                                                                                         Elodie BOUFFARD.

 

Article et présentation d' Elodie Bouffard qui prépare alors les concours du CAPES et de l’Agrégation d’histoire. DEA en histoire contemporaine - Représentations françaises de l’empire ottoman fin XIXè siècle début XXè siècle. Maîtrise en histoire : L’interprétation française du Coran au XIXè siècle. Travail à l’association des Arts de la parole interculturelle, Bordeaux. Organisation et accueil des artistes lors du 15e festival du conte interculturel Bordeaux-Saint-Jean. Travail au Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat, Sarlat.
Avec ses quinze ans de danse classique et contemporaine, elle a partagé des chorégraphies avec Céline Boyer et elle envisage donc Enciel comme poète et danseuse, ne dissociant pas l’expression de l’esprit et celle du corps.
                   

                                                              

Par enciel - Publié dans : Présentation
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