MEME LES MOUETTES DANSENT - danser (suite)

Publié le par Poésie et photographie - site d'Enciel


                     Danser

Aux portes des églises
Le monde poète
Source de magnolias
La danse des mouettes cendrées



L'Eglise
Aux portes des églises

Aux premiers jours d’orage,

Je me réfugierai dans du silence

Je chercherai une passerelle

Vers une lumière familière

Celle sur laquelle marchent les anges,

Une passerelle où passent

Les passeurs de lumière.

Je ne suis qu’une passante de passage

Mais heureuse de sentir sans fin

La lumière diaphane de l’orage m’envahir.

Les éclairs me rappellent la joie pure

Qui éclate à chaque seconde en moi.
La découverte d’un rayon de soleil soudain

Eveille en moi une profondeur sans limite

Comme le tonnerre qui vit au-delà de sa naissance.

Dans le vertige de la fragilité qui est la nôtre

Je rencontre l’homme aux portes des églises

Je lui donne mon amour fraternel sans retenue

Et je sens toute la ressemblance de notre humanité.

Je reste immobile malgré le froid, malgré la douleur,

J’attends que l’éclair vienne nous redonner la voie.

Je suis la silhouette du soleil qui irradie en moi,

Même sans parler, des phrases entières se disent

Dans les regards humains que nous échangeons.


L'Eglise (10)L'Eglise (11)

Perchée sur un fil, ailleurs,  je souris de bonheur -

Je sais que je suis une jeune femme amoureuse

Aussi légère qu’un oiseau funambule qui avance

Contre les giboulées sans jamais perdre courage.

Je suis fil-de-fériste ou fille du christ,

Je suis trapéziste au dessus des gouffres,

Même les hommes forts solitaires souffrent

Mais je dévoile mes ailes à chaque envolée.

On avance pas à pas sur notre corde raide

Mais la grâce des équilibristes s’apprend

En tendant la main, en aimant le passant inconnu,

Lui aussi est de passage sur son fil de fortune,

Loin au dessus du sol, proche du soleil,

Frère Icare amoureux de la hauteur incandescente.

Je suis prête pour le ravissement de la lumière

Je tremble déjà d’émotion, l’orage bat son plein

Je tombe à genoux à chaudes larmes, éclairée,

Un enfant me sourit et me ressemble,

Je ne suis pas seule,

Je suis des milliers.

L'Eglise (17)L'Eglise (25)

 


 

                   

A la Maréchale (57)

                        Le monde poète


 

Jumelle des mouettes, je survole la plage,
Je grave des mots opiniâtres à l'encre de mon plasma
Sur les troncs d’arbres devenus parchemins,
Chemins de traverse qui ouvrent mes paroles.

Oui je dors sur les troncs de chêne et j’enchaîne
Mes chevilles aux brins d’herbe et aux mousses qui y poussent
Cela me rend plus racineuse et j’en suis émue.

Au pied des anges de bronze, je murmure
Les mélopées de méloés qui font écho en moi.
Et cela depuis des lustres.

Des centaures piétinent mes images en boucle
Et délivrent mes sensations au galop sur le papier.
Je me fais un corps neuf.
Je n'entends plus l'angelus.

Chimères, nous montons au créneau,
Crachant au visage de ceux qui nous voient lisses,
Je fleurte avec le débarcadère, fière,
Fiévreuse mais prête face à l'irréparable,
Je veux repérer.
Je veux réparer.
Les pores, le pire, mon père, le pour, ma part.
Je suis la sincère menteuse.
Je mène mon immunité
J'aime mon humanité.

A la Maréchale (19)A la Maréchale (56) 
Au début, des bulles de lune s'emparent de mes encriers
Et roulent plus vives encore que ma main ralentie.
Je sens l'asphyxie jusque dans mes bronchies,
C'est l'état second qui s'inscrit.

Il m'arrive de m'asseoir sous des cascades d'air,
Oxygénée par des fibres poétiques qui font ma chair.
Mon esprit explosé en mille morceaux épars
Et lorsque je me resouderai, cela vous fera peur.
Une nébuleuse.

Les mots s'accrochent à mon derme, à ma déraison,
Je deviens alors la proie du poulpe des dérèglements,
Dépossédée de mes verbes comme des bourgeons
Lancés au vent, comme le ferait la sibylle,
Ils poussent, s'abreuvant de mon étourdissement.

Au pied des anges de bronze, au pied des muses musiciennes,
Je me sens pionnière et aventurière sans repères.
Je m'accroche à l'arbre tombeau et berceau,
Sinon je tombe plus bas que terre.

Je me lance des défis, des défauts, désœuvrée à l'ouvrage,
Mes mots musculeux lâchent leur muselière
Alors je cesse de musarder et j'érige des murailles de Chine,
À l'effigie de tous les enthousiasmes qui coulent en moi.
C'est la race des sincères.

A la Maréchale (24)
A la Maréchale (25)
 
J'écris comme une forcenée, en retard sur mes images,
Ma part de révolte, d'exaltation, de transes immobiles,
Je courbe l'échine quand mes mains s'abandonnent,
J'attends le renard moi aussi et son morse
Je ne décrypte pas. Je laisse être.

J'essaime des ruches riches de sens
Je butine des merveilles qui chamboulent
Mon écriture obséquieuse.
Mes voix dissidentes.
La mort qui édente.
Je referme mes plaies de clandestine,
Mes plaintes intestines. 
Je suture avec des pointillés.

La poésie devient hémorragie interne sans cesse,
Transfusion de raretés en boucle, de musiques,
Le flot des images s'enflamme tout autour de moi,
Et sauvage, je prends la plume aiguisée
Vers toutes les terres promises.

Cette promesse est un vrai hameçon
Elle me mène par le bout du nez.
Il me tarde de ne jamais la trouver. 

A la Maréchale (22)




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                  Source de magnolias

 

 

Ne laisse pas la route t'hypnotiser s'il te plait

Loin de moi, loin de mes chemins, de mes frégates.

Je suis cousue à ton nombril par nos entrailles frissonnantes,

Et quand tu te détournes, je tombe tremblante.

Sur cette terre affamée, en fumée,

Nous sommes des accoucheurs de joie.
Promettons nous de le rester.


Le monde soupire par des mois de crachin

Sur nos chevelures d'aurore timide.

Me voici toute entière les yeux qui dégoulinent
J'aime le monde comme ma famille.

J'ai vu une seule goutte de pluie ruisseler
Et elle me paraissait plus lente que les autres
Elle était chargée de parfums fleuris lourds
Qui glissent encore le long de ma nuque.

Des ailes de dentelle nous forment des parapluies

Qui nous protègent des bombes, gouttes d'os,

Et je te supplie capricieusement

De te baigner dans mes mots couchés

De te bénir dans mes rires accouchés.
Ce que tu fais le sourire au ventre.


J'ai le cœur frais bordé de lunes

J'ai le cœur frère bardé de larmes.


Je dors sur les rivages froissés

Au creux de tes impatiences couleur lac,

Bonne humeur à revendre par bateaux,

Quand nous dormons dans les hamacs de l'été,

Protégés sous des myriades de fleurs

Qui baignent nos fronts trempés

D'odeurs vénusiennes de magnolias.


Les sept merveilles du monde

Somnolent dans nos étreintes infinies

Et elles vont éclore comme ces fleurs.

Nous cajolons des magnolias par milliards
Nous cultivons notre ressemblance
Jusque dans les courants d'air.
Les souffles.
Les empreintes.
Les mots laissés sur la table.
Les draps sur le fil à linge.
Les chambres aérées.
Les livres mal fermés.
Les lèvres entrouvertes. 
Et les chamades.

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Au Lac d' Hourtin (88)
       La danse des mouettes cendrées

 

Ah de main, de main, de maître. A demain, demain, remettre. Jamais. Des milliers de prières intérieures, le souffle coupé, nous dansons face à face. L’étoile polaire fourmille de danseurs. Ils lèvent la jambe plus haut que les tourterelles. Je m’en souviens. Aussi bien que ma première neige. Aussi bien que Mandela enfermé en prison toute sa vie. Vingt sept ans, mon âge. Sans amertume. En la mémoire des hommes meurtris qui pleurent dans les fossés, enlace mes hanches et tournons, plus vite que les solstices, dames jalouses. Rentrons en transe aux Marquises. Ce serait une volute exquise. Cela nous aidera à oublier.

Au Lac d' Hourtin (69n)
Au Lac d' Hourtin (69)


Notre valse envoûtante comme Saturne a commencé, au rythme des voitures du périphérique en contrebas. Notre ronde m'offre le noble anneau de notre union  et je n’entends plus que nos pulsations sanguines. Je t'enveloppe dans ma robe légère, mes talons hauts imitent les hérons, héros qui tournoient dans les étangs de plexiglas. Tu les entends les hurlements dehors ? Ferme les yeux, ferme ton chagrin, nous dansons. Nos jambes se croisent à l'orée des mouvements et tu chantes avec ton torse qui vacille contre ma musique vanille. Nous marchons sur tous les pontons du monde, tous les violons hurlent notre mariage. Mariage de quelques secondes d’éternité floue pendant lesquelles nous restons des enfants. Eteignons la lumière pour ne pas voir ces hommes teignes qui teignent de leur noir pourri le visage de leurs frères, restons dans l’obscurité pour concurrencer la leur. La lueur sera à l’intérieur.

Au Lac d' Hourtin (79)Au Lac d' Hourtin (78)
Au Lac d' Hourtin (86)


Quand je danse contre toi dans ce vieux grenier, je vois des soleils de résurrection, du sable qui coule le long des arbres, des aigrettes qui tournent dans les bruyères et des bouts d’éternité qui glissent sur le lac en dessous. Je chausse mes ballerines pour en devenir une, surtout dans le vent porteur de miracles. Nous n’allons pas nous effondrer. Trop effrontés. Je ferai des bras d’honneur, des bras d’horreur à ceux qui tranchent des gorges. Aux fusils qui parlent le fracas. Je ne veux plus voir d’ombre, ni la trace des colères. Je ne parle même pas de l’injustice. Alors veille sur moi comme si j’étais une mouette craintive. Une mouette cendrée qui s’enlise sous les cendres tant le monde est en feu. Les braises de la haine. La mouette cendrée qui danse pour ne plus voir les escarbilles de mazout qui lui défigurent les ailes. Un homme qui pleure c’est une mouette cendrée. Mais les cendres peuvent les transformer en phénix si les mouettes dansent. Un homme qui pleure en voyant un autre homme pleurer est déjà un phénix. Ne me laisse pas seule sur les pontons brumeux, j’ai peur de tomber et de ne plus savoir danser. Et les grands cœurs sont assassinés à chaque fois, on les empêche. L’histoire nous l’a montré. Dansons si tu veux bien. 
 

Au Lac d' Hourtin (80)Au Lac d' Hourtin (81)


De petits lotus poussent à l’intérieur de mes mains, je les arrose de bruines du lac et je les regarde. De colline en colline, je vois ton corps résister à la puissance de l’horreur. Résistons aux hommes fous, à leur lourdeur. Promis je te cueillerai des violettes, je les poserai sur tes contusions une à une, fais en de même pour mes confusions. Juste la fusion entre nous si tu veux bien. Et je danserai des jours entiers pour te soigner. Fais-en de même. Tu guériras de leur violence. Tu aimeras mes tours, mes arabesques. Mes sauts et mes silences. Et de petits lotus pousseront à l’intérieur de tes mains. Je chausse mes ballerines pour en devenir une, surtout dans le vent porteur de miracles. Regarde, des insectes tournent comme des hassidim dans le crépuscule blanc, ils forment des sentiers. Sens leur présence qui bourdonne autour de nous et nous donne un rythme effréné sans fin. C’est la voix des anges, enfin.

Au Lac d' Hourtin (82)

Au Lac d' Hourtin (83)Au Lac d' Hourtin (77)


Apaise tes mains blessées contre mes violettes. Je t’en ferai des petits bouquets flamboyants. Ce sera la révélation de tous les secrets. Ils s’écriront les uns après les autres sur la ville en dessous. Cela nous prendra une vie entière pour les lire mais nos pas de danse les déchiffreront sans cesse. Et nous recevrons le prix nobel de la paix pour cela nous aussi. Nous comprendrons les échanges, les archanges, les vendanges. Nous refuserons les méduses du lac qui grimaceront. Tu deviendras Lancelot, lance l’eau sur nos vies à part. Nous resterons debout, sur la pointe des pieds, mais debout, debout, bien debout dans le vent porteur de miracles. Les mouettes cendrées que nous deviendrons se lanceront dans ce vent. Nous danserons à jamais et les marques faites sur le plancher par mes talons ont écrit ce poème.

Au Lac d' Hourtin (84)Au Lac d' Hourtin (85)

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