Masque lunaire
©
Photographie Frédérick Madsen.
Masque lunaire
Elle joue avec le firmament de mes jours,
Elle caresse la mélancolie de mes nuits,
Sa bouche est avide de couleurs naufragées,
Avide de parfums si pluvieux.
Sous la colère des après-midi impatientes,
Son œil bruine sur nos soleils rouillés.
Chacun de ses grains de beauté est léger,
Gouttes d’or brun sur sa peau
Comme des fourmis sur une nuit sans fin.
Nous croquons chaque prunelle à pleine dent.
Le chant de ses rêves, mon champ sans trêve,
Son teint de lilas, étain farineux,
M’envoûtent sans doute.
Masque lunaire, aux joues comme des foulards,
Tu fais enfin abdiquer le noir soir.
Je l’ai rencontrée dans le couloir de l’inouï,
Avec ses pleurs de fontaines trop sèches.
Je l’ai prise dans mes bras, frêles tiges de chair,
Elle m’a tissé une toile d’amour
Je m’y accroche sans anicroche.
Les matins sont des cartons dans lesquels je range
Tous les souvenirs des regards complices
Tous les mots amuïs qui volent sans poids.
Un jour je le sais,
Tes cendres feront gémir ma voix,
Tu resteras cette statue statique
A la silhouette impressionniste
Dont chaque contour a un goût exotique,
Dont chaque plume de couleur a son message.
Ton sang est mon tapis d’Orient velouté,
Tes cheveux sont éclatés en herbes embuées,
En lents mois frileux, en flocons de paprika.
Tu iras courir sur les planètes rudes ma sœur
Pour me ramener la graine de l’absolu,
Une noix de sang dans une coupe sacrée,
Celle de Lancelot est bien moins précieuse.
Chacune de tes facettes est ma quête.