Aquarelle intacte

 © Photographie Sandra Boyer.

                                                    Aquarelle intacte

Rionet nous rit au nez
Saint-Laurent en soleil et en robe.
Elle, elle a vu cent hivers rudes
Ou peut-être mille étés je ne sais plus.
Son visage ressemble aux champs de coton
Fripés par les rafales de la résignation.

Je les ai vus ces yeux ternis par les ans ovoïdes,
Cachés derrière des lunettes, ronds de buée,
Je l’ai vu l’intérieur de sa caverne briller,
Un trou à sa pantoufle gauche déchirée,
Ses bas aussi filés que les étoiles,
Et une odeur jaunie bien connue,
Des armoires aux clés perdues.

Elle, aquarelle, se mêle aux orchidées
Or qui dédaigne l’orchidée, fleur des reines discrètes?
Le temps est la succession de l’épilepsie de ses instants. 
Ses boucles de cheveux sont mes flèches en papier 
Qui valsent en des arcs argentés.

Je les ai vécues ces natures mortes :
 
La toile d’araignée au cabanon boisé,
La rudesse des sabots fêlés, 
Le cochon asthmatique qui éternue à gogo 
Et s’enrhume au pollen des souvenirs, 
Les lapins sous leurs auréoles grisâtres, 
Cerceaux de brume, brisant leur cage humide. 
L’aurore lui mord ses doigts tremblants, 
Ses yeux séchés et contraints par la voix des insomnies. 

Etre adulte, plutôt mourir. Elle le sait.
 
Elle connaît ces corps beaux pour corbeaux, 
Et le calvaire de l’hiver pervers n’en finit plus. 

Elle, aquarelle, démasque notre histoire.
 
Elle, elle a vu cent automnes rudes 
Ou peut-être mille printemps, je ne sais plus. 
Méningite des fronts trop ridés 
                   Rideau.

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